Exaspéré par les trains qui arrivent en retard, Hicham Zouaoui a lancé la première application de covoiturage au Maroc, avec un succès immédiat.
Des voitures vides
Né à Fès en 1989, Hicham Zouaoui développe un goût précoce pour l’entreprenariat. “Quand mes amis sortaient jouer, moi je cherchais des idées de business”, confie-t-il. A quatorze ans, il ramasse tous ses vieux jouets et les met en tombola : les tickets sont des bonbons achetés 20 centimes et revendus 50 centimes à ses copains de classe. Plus tard, il se lance dans la culture des vers à soie pour en revendre les oeufs. C’est donc très jeune qu’il comprend sa vocation pour les affaires. A 18 ans, le Fassi déménage à Kénitra pour suivre des études de management. Un jour, après avoir raté un examen important à cause d’un retard de train, il prend conscience de la problématique du transport au Maroc. L’offre est trop limitée. Devant ce manque d’alternative, il se sent pris en otage par des opérateurs “peu fiables”. Pourtant, c’est au cours d’un voyage en train que son destin professionnel se dessine. En regardant la route à travers les vitres, il remarque que la plupart des voitures, en dehors du conducteur, sont vides de passagers. “Comme j’avais entendu parler du covoiturage en Europe, j’ai tout de suite compris qu’il y avait là une idée à exploiter.”
Un pionnier
Pas tout de suite car, au sortir de l’école, il intègre Webhelp à Rabat, une multinationale française de centre d’appels où il est chargé de surveiller le respect des protocoles de qualité. Mais son idée continue de germer au fond de son esprit et, un jour, Hicham décide de lancer un groupe de covoiturage sur Facebook pour aider les étudiants à se déplacer de leur lieu de résidence à leur lieu d’études, qui se trouve parfois dans une ville différente. Très vite, le bouche à oreille fonctionne, les pionniers de la communauté ajoutent leurs connaissances, et le groupe totalise bientôt quelques centaines de personnes. Etonnamment, les séances de covoiturage se déroulent à merveille. “On se partageait les frais de déplacement, et les bons comptes faisaient les bons amis.” Il décide de baptiser le groupe Facebook d’un nom fun et accrocheur, Bip Bip Yalah, et se professionnalise peu à peu en apprenant à gérer les
conflits, à poster de nouveaux contenus, et en perfectionnant sa maîtrise du monde digital.
Un marché mûr
Devant l’afflux de nouveaux adhérents, le petit cercle d’entraide confidentiel grossit, grossit encore et rassemble bientôt plusieurs dizaines de milliers d’adhérents. Dans tout le pays, des Marocains partagent aujourd’hui leur trajet grâce à Bip Bip Yalah. Au point qu’ils sont de plus en plus nombreux à réclamer une application pour faciliter leur expérience d’utilisation. Sans argent, Hicham quitte son job et convainc deux amis de le rejoindre bénévolement pour développer le projet. Les trois sont certains de tenir un bon filon. La suite leur donnera raison. Dès son lancement, l’application se classe parmi les plus téléchargées du royaume. Aujourd’hui, 50 000 personnes s’y connectent régulièrement, ce qui place la start-up en leader du segment. “Ce succès nous a prouvé que le Maroc avait besoin d’une mobilité durable et alternative. En majorité, nos utilisateurs sont des étudiants et de nouveaux actifs”, explique Hicham. Lorsque ces derniers achètent leur première voiture, ils passent du rôle de passager à celui de conducteur. De cette façon, l’activité peut se développer naturellement et la communauté se solidifier.
La bonne conduite
Si tout est allé très vite, le trentenaire confesse en avoir parfois bavé. Le concept de covoiturage étant naissant dans le pays, le travail de pédagogie doit être constamment renouvelé. “Les 300 personnes qui rejoignent la communauté ont besoin d’être sensibilisées aux règles de bonne conduite, à l’importance d’arriver à l’heure, à respecter les femmes, qui représentent un tiers de nos utilisateurs. Ce qui n’est pas toujours facile au Maroc !” Actuellement, Bip Bip Yalah regroupe 330 000 membres, gère 1000 trajets quotidiens, pour un total de 800 000 personnes transportées depuis sa création. La start-up, qui fait travailler dix personnes, vient de réaliser une levée de fonds auprès d’un business angel. Prochains
objectifs : lancer une version plus performante de l’application et, plus tard, exporter la marque à l’étranger.
Source : Telquel


